Le feuilleton de Tombouctou en Français

8. LE ROI DES TOUAREGS

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Les alentours du puits Bir Amin, 15 km au nord de Tombouctou
je suis allé avec Ibrahim le puisatier pour visiter Bir Amin, le puits que nous avons refait il y a deux ans.

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Je suis descendu avec lui a 30 mètres au fond du puits pour me rendre compte de ses conditions. Il produit une bonne quantité d’eau.

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Le vieux Ismael vit près du puits avec ses chèvres et ses moutons. Il a la réputation d’être un saint homme et j’y croit, bien qu’en apparence il ne soit qu’un pauvre touareg un peu excentrique.

Ismael m’informe que son cousin, le roi des touaregs a essayé de saboter son propre puits de façon a pouvoir continuer a obtenir des dons de la part des ONG. Heureusement Ismael a réussi a l’en empêcher.

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Le roi des touaregs a sa maison a Tombouctou. En cette saison, ses esclaves Bellas font paître ses chameaux dans le nord. Le puits ne l’intéresse que pour faire des sous, et pour cela if faut qu’il soit asséché.

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Il porte au puits les reprèsantants des ONG qui sont de passage, il leur montre le vieux Ismael et ses moutons faméliques et il commence a se plaindre du destin funeste des pauvres touaregs dont le puits est asséché.

tous les visiteurs laissent au moins quelques centaines d’euros pour le puits. Le roi prend l’argent et se l’empoche.

Le vieux Ismael nous explique tout

Après mon depart le roi a fait venir un puisatier et il lui a fait enlever la dalle de fond. Ce bouchon de ciment for empêche le sable de remonter dans le puits. Sans la dalle de fond le sable remonte et la production d’eau diminue jusqu’à ce que le puits s’assèche. Il ne  resta qu’a creuser encore et encore jusqu’à ce que le sable se vide autour des parois du puits et que a la fin tout s’écroule.
Nous avons donc examiné le fond du puits et Ibrahim me rassure que le travail a été si bien fait que le niveau de sable s’est stabilisé et le puits n’est pas en danger. Le vieux Ismael lui aussi m’assure que l’eau est suffisante.

Ce voyage a Bir Amin m’a fait comprendre que Ibrahim, a qui j’avais confié l’entretient du puits après mon départ, n’a absolument rien fait de ce qu’il avait promis. Il s’est rendu compte du sabotage seulement aujourd’hui. Et a chaque fois que je lui téléphonait de l’Italie il m’assurait qu’il était allé au puits et que tout allais bien.

C’est ma faute, j’aurais du le payer en avance pour le travail.

Mais mon deuxième homme de confiance a été payé en avance et lui aussi n’a rien fait. Il s’agit du tradithèrapeute local, je lui ai donné l’argent pour soigner les touaregs et les Bellas du puits pendant un an. A chaque fois que je l’appelais il jurais d’être a peine retourné du puits et qu’il avait soigné beaucoup de gens. Les Bellas me disent qu’il n’est jamais venu.

En Afrique il y a un dicton: quand tu as renversé l’eau du verre tu ne peut plus la remettre dedans. La confiance est comme l’eau du verre.

C’est pour cela que cette année je cherche un autre puisatier pour mon nouveau puits et que je soigne les gens sans la collaboration du traditherapeute.

En plus, je me suis aperçu que le roi des touregs a chassé ses esclaves Bellas du puits. Avec l’eau abondante et bonne, la seule qui soit douce de toute la zone,  je les avait fait venir pour s’installer au puits. Le leur avait une eau saumâtre avec une odeur de pourris.

Il les a maintenant installés près d’un autre puits saumâtre, en conditions précaires, de façon a les utiliser pour obtenir des fonds des NGO.

 

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EPISODE PRECEDENT: L’HOPITAL DE TAHARA

PROCHAIN EPISODE: LA POLICE DE TOMBOUCTOU

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11. LE JARDIN DES FRANCAIS

Les Français ont toujours été un peuple d’idéalistes.
Aujourd’hui encore, ils travaillent à réparer les injustices du monde.
Et les Français aiment les femmes…
Ils ont même décidé de révolutionner la société des autres en donnant aux femmes Africaines l’Indépendance économique afin de les libérer de l’esclavage envers les mâles.

Un projet vraiment révolutionnaire, qui s’inscrit dans la grande tradition républicaine et laïque qui a fait de la France un phare de civilisation pour le monde entier. A ce qu’il parait…

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Le problème avec les Français c’est qu’ils ne pensent pas beaucoup, ils sont trop occupés à agir, et s’il y a une jolie femme dans les alentours alors ils ne pensent même plus du tout, ils ne pensent plus qu’à agir.
Probablement Dieu aime les Français et il veut qu’ils se reproduisent, et je dois dire que le monde entier aime les Français comme ils sont, même s’ils sont comme ils sont.

A Tombouctou, j’ai pu voir un résultat de leur action civilisatrice qui illustre bien leur manière de concevoir la révolution sociale humanitaire pour le tiers monde, de la conception du projet dans les bureaux de Paris jusqu’a sa réalisation dans le désert du Mali.

Les femmes du village ont formé une association, comme tout le monde fait a Tombouctou, parce que c’est le seul moyen d’obtenir de l’aide des ONG.
Elles ont demandé que la mairie leur prête un terrain adjacent pour cultiver les légumes. Les français ont accepté de faire 3 puits sur le terrain. Ils ont vu grand.
3 puits à grand diamètre capable de donner 11 mètres cube /heure chacun, c’est une quantité d’eau incroyable qui suffirait à faire une oasis où couleraient des ruisseaux continuellement. En fait un seul puits aurait suffit, mais quand un seul suffit pourquoi pas trois ? La logique est impeccable.
Ils ont même payé un ingénieur agricole comme consultant pour suivre le projet afin que les femmes aient toute l’aide nécessaire à son succès. C’est Ibrahim, mon puisatier.

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Ils ont interdit aux gens du village de venir s’approvisionner en eau aux puits, afin de garantir le bon déroulement de l’activité agricole, et ils ont même payé un gardien pour contrôler cela.
Comme ils n’ont pas fait un puits dans le village, les gens doivent continuer à marcher sur de longues distances pour porter l’eau à la maison.

Le jardinage est un travail qui prend du temps et c’est aussi un travail physique plutôt dur, demandez le a quelque paysan que ce soit, ou bien a un bêcheur du dimanche. Dans le désert, c’est en outre un travail obligatoirement quotidien et qui prend toute la journée; les plantes ne peuvent pas rester sans eau plus que quelques heures, elles meurent.

Comment doivent faire les femmes ? Elles doivent aussi s’occuper des enfants, de préparer à manger pour la famille, de laver les vêtements (à la main avec l’eau portée de longues distances). Elles doivent aussi bêcher, planter, aller au marché vendre leurs légumes…

Mais tout cela n’est rien, parce que les Français n’ont pas pensé aux pompes. Ils ont monté des poulies avec des seaux sur des puits de 11mètres cube/heure que les femmes doivent tirer à force des bras. Comme si le jardinage, les repas, les enfants, la maison et le marché n’étaient pas suffisants, elles doivent en plus faire le travail des ânes et des chameaux.

Ibrahim, navré,  explique la situation.
Voyez derriere lui les enfants qui tirent l’eau du puits.

Le résultat est navrant, il est clair qu’elles ne peuvent tirer qu’une quantité minime d’eau de ces cornes d’abondance. Je n’ai nulle part vu des jardins aussi rabougris et tristes. Les femmes travaillent avec des enfants malades sur le dos, elles n’ont pas un sou, mais en revanche elles triment comme de ânes et elles ont en plus la satisfaction d’avoir été libérées et d’avoir conquis leur indépendance économique vis-à-vis des mâles de leur société.jardin_francais1
Le constat est d’autant moins gratifiant que le Jardin verdoyant et opulent des américains est a seulement quelques kilomètres de là.

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Le jardin des Américains

Le résultat de la bataille des idéaux est clair, les américains baptistes, animés de la foi religieuse ont réussi un travail de titans alors que le laïcisme de la République n’a accouché que d’un bébé malingre.
Messieurs les Français de l’ONG, mes compatriotes, je sais bien que pour vous ce qui compte pour que vous dépensiez cet argent qu’on vous a donné c’est d’avoir un beau projet sur les papiers à montrer et puis de toucher votre paye, mais ces femmes sont des êtres humains, vous n’accepteriez jamais pour vos épouses et pour vos filles ce que vous obligez ces femmes à faire.

Pourquoi ne montez vous pas ne serait-ce qu’une éolienne sur un de ces puits? 600 litres/ heure pour 4 mètres/seconde de vent qui est la moyenne annuelle de Tombouctou. Le coût serait seulement un quart de celui d’un puits, avec 4000 Euros en plus (un mois de votre salaire ?), vous auriez vraiment complété le projet et aidé ces femmes.
Et puis encore, il y a tellement d’eau, pourquoi ne pas autoriser les villageois à la puiser pour leur usage domestique?

Je sais bien que quand il s’agit de femmes les Français perdent la tête, mais vous avez toujours été des gens de cœur; je vous en prie, corrigez la situation que vous avez créée

 

 

15. LE MOULIN A VENT OASIS

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12. LE TRIBUNAL DE TOMBOUCTOU

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10. LES GENS DE BOKIAT

I am on probation, I cannot leave the city or the country. I cannot go back home, and I don’t know what the police are brewing behind my back. They no longer tell me anything. Patients keep waiting for me every morning on the street, but I don’t dare to cure them. Tahara cannot let anyone inside, because the health inspectors are in ambush ready to close her hotel.

I secretly continue to give some remedies to the people on the street. How can I refuse to help a mother who is pained for her child?

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I prepare them in my room. During the police inspection, they forgot to confiscate some bottles of essential oils that I immediately hid .but I no longer have needles and for the majority of patients I cannot do much, especially for the elderly who are disabled by rheumatism.

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So, I started again to search for a site for the well. I decided to broaden the scope of my search to the villages around Timbuktu. I was advised about a camp of Arab resident Tuaregs, who do not work or farm. They live from NGO fundings. Their need for water is great, but it is not a real village. Families live in huts hundred meters apart from each other because Tuaregs don’t like to live close to each other. I would like to find a place where the well would be more useful.

Then, I visited the village of Bokiat.

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All the people of the village subsist on endeavors related to horticulture. Even the young Imam gardens the land instead of living from Religion.

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Their working conditions are terrible, they have a hand pump (to pump water) that is far from the farmlands. They must pump the water manually and, after this effort, they have to carry it for 200 meters to the farmlands.

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40 Litres of water, the whole day. They even have holes in the ground, it is even more difficult. They carry up these 40 litres of water up stairs that are some 12 meters in height.

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The impact on their body is significant. Their physical condition is pitiful, their knees are worn out and their back are battered.… When I examine their back to cure them, wherever I touch, they jump from the pain. They hurt from their neck to their lower backs. I realize that God did not create the human body to carry 40 kg all day, every day. I start to think about our Italian farmers who complain incessantly of the hardness of their work, and yet they only need to open a tap.

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I think Bokiat is a possible site to make a well and put up a windmill. The necessary conditions that I was looking for are all here. It is a village where people actually work, instead of living from foreign subsidies. The water is insufficient, even with the village’s small solar pump and hand pump. There is also wind for the wind power pump. In addition, the ideal site is located next to the road. For this reason, placing a windmill to pump water from the soil will be visible to many people, and it will hopefully inspire emulators.

I met with the villagers, and they were excited to have a new source of water.

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I asked them to show me where would be the best location for the well, and they showed me the site.

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The site

Previous episode: The police of Timbuktu
Next episode: The garden of the French

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9. LA POLICE DE TOMBOUCTOU

 

Two policemen in civilian clothes erupted in my hotel one morning. It was early by Timbuktu police standards, that is to say, 9 o’clock.

One of them knocked at the door like a madman but without saying, “Police, open the door!” the way they do in films. His failure to announce himself as a police officer initially led me to think that it was a crazy person who was punching my door, so I did not hurry to get out of the shower to open. This made him even more nervous, judging by the increased rhythm of the punches on the door, but still he did not pronounce the magic words “Police, Open!” Later on, I asked them why they did not announce themselves, and they said: “If we say ‘Police,’ the people escape by the window.” Timbuktu seems to be like the Bronx! I thought that, when there is a place where everybody fears the police as in Timbuktu, either everyone is a criminal or the police are corrupt.

When at last I opened the door, I saw 2 young chaps whose eyes and behaviour effectively gave me the impression that they were insane. I thought “they are patients affected by the itching disease and that they needed urgent cures”. This disease actually drives people mad but I have a good remedy for it with the essential oils. “I am just getting out of the shower”, I told them courteously, (with crazy people always be courteous), “You should come back later”. The one who had been trying to knock down my door stuck a piece of coloured paper under my nose. “I am the Vice-Commissioner of Timbuktu. We came for a control.” “Well, let me dress, and I am at your service,” I replied. I brought them my passport, and the young Vice-Commissioner informed me that I had been anonymously denounced for illegal exercise of the medical profession.

I couldn’t believe it. The people of my quarter had been coming to me to get some cures for only a week. I could not refuse to help the mothers who came with tears in their eyes for the suffering of their child, the persons with scabies whose wounds oozed pus, those with headaches that rendered them like the blind, and the elderly that couldn’t sleep because of the pain in their joints.

These are all problems that I can resolve easily with my essences and my Chinese acupuncture needles. When I tell people to go to hospital, they either tell me that they have been there already without result, or that they do not have money to go. And if I give them the money to go, they would also find no result. Medicine is very expensive in Timbuktu, for the local population generally live on $2 USD a day, while the doctors prescribe too many medications, perhaps to help their cousin pharmacist. Some mothers showed me prescriptions for six or seven antibiotic coughing syrups for small children who were still chronically ill after the treatment. I took pictures of these, as it looked to me totally insane. So, the effect of the essences and of the Chinese needles are like a miracle for these people. They come every day, more and more, and I could not refuse to help them. How could I?

The nervy commissioners checked my room from bottom to top. He sequestered my essences, my acupuncture needles, and my passport. He brought me under escort to the police station and had me wait there for 5 hours, after which, with great kindness and humanity he let me go back to my hotel instead of locking me in a cell. I am now a prisoner in Timbuktu; I cannot leave the city or the country, like the French hostages held by the rebels in the Sahara.police1[2]

1. TOMBOUCTOU: DU SABLE, DU VENT ET DU PARFUM

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 LE VENT DU DESERT

Dans le Sahara le silence est une présence palpable, e le souffle du vent, tout come le buit lointain d’un véhicule qui s’approche, loin de le détruire le met en relief et nous fait prendre conscience de son étrange audibilité.

Dans le désert, le vent est compagnon du silence.

Une cité antique, plantée au seuil du désert, est balayée par le vent jour et nuit, enveloppée dans la poussière rouge des tempêtes de sable. Tombouctou, point de départ et le point d’arrivée des caravanes de dromadaires du passé et de toutes les embarcations qui transportaient les trésors de l’Afrique sur le fleuve Niger.

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Il était une foi Tombouctou, son canal et ses jardins

Tombouctou a pendant des siècles échangé son or contre des livres de science, érigeant des écoles et recopiant inlassablement la connaissance qui arrivait a travers le désert, pour la propager au reste de l’Afrique.
Au plus profond de l’obscurité du moyen âge, Tombouctou était un phare lumineux de civilisation qui attirait les étudiants et les savants de tout le monde musulman.
A Tombouctou ne restent que de vieux manuscrits renfermés dans des coffres vétustes cachés dans les maisons de terre crue des héritiers des savants morts du passé.
Tombouctou a été engloutie par le sable du désert, et est devenue un e ville fantôme tombée en disgrâce, telle un calife puissant dont l’étoile a chuté, détrôné par un autre et réduit a l’état de mendiant dans les rues de sa propre capitale.

Tombouctou, cité mythique du monde antique n’est plus qu’un village assiégé par les dunes du Sahara, mais ce petit village cache une grande réalité, enterrée sous le sable de ses cimetières et dans les vieux coffres plein de manuscrits.

J’ai sentit sur ma peau la brulure du vent Saharien, j’ai marché sur les dunes le visage enveloppé du turban pour ne pas respirer la poudre de sable, et j’ai compris que la force du vent qui avait détruit la ville pouvait aussi la faire renaitre.

Le vent qui brûle et assèche tout ce qu’il touche peut aussi faire tourner les ailes des moulins a vent, afin de tirer l’eau du sol pour arroser de nouveaux jardins et pour remplir les maisons et les rues de lumière électrique.

Deux ans après avoir réhabilité le puits asséché des touaregs, j’ai décidé de retourner a Tombouctou avec l’idée de transformer le vent destructeur du désert en un vent de miséricorde.

 

PROCHAIN EPISODE: MOULINS A VENT

 

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